Lettre ouverte à Son Excellence anonyme, président de la République libanaise

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adib-tohmeEn 1948, trois ans après l’indépendance, Mgr Ignace Moubarak, alors archevêque de Beyrouth, adresse une lettre au président de la République, Béchara el-Khoury, dont je vais rapporter un seul paragraphe :
« Excellence, celui qui vous adresse la parole est l’archevêque Moubarak, avec lequel vous avez une amitié de 45 ans… L’archevêque Moubarak est dans une situation de désespoir extrême parce qu’il ne voit pas durant votre mandat que l’œuvre à laquelle il a participé plus que tout autre Libanais qui est l’indépendance du Liban, a assouvi ses espoirs de sécurité, justice, tranquillité et bonheur pour le peuple libanais. Il ne voit que le désordre régnant en maître dans toutes les administrations. Il ne voit que la corruption et l’injustice dans tous les tribunaux. Il ne voit que l’extorsion et le vol par le gouverneur, l’exécutif et les députés au Parlement. Il ne voit que des crimes se reproduire par dizaines sans aucun respect pour le gouvernement qui a perdu toute respectabilité et est discrédité parce que la peine qu’il inflige aux criminels est amnistiée quand ils sont intouchables. »

Après l’avoir informé que le peuple ne veut pas de cette caste politique corrompue et cupide, il lui conseille de démissionner.
En 2015, 67 ans après la lettre de Mgr Moubarak, je m’adresse au président de la République :
Excellence, Monsieur le Président anonyme de la République libanaise, celui qui s’adresse à vous est le citoyen Adib Tohmé qui connaît le Liban depuis 47 ans. Le citoyen Adib Tohmé, qui représente une tranche importante du peuple libanais, est extrêmement désespéré parce qu’il voit que la corruption, les pots-de-vin, les vols, les extorsions, l’injustice, l’inégalité, l’immoralité, la cruauté, la barbarie sont aujourd’hui répandus partout, dans les administrations, les tribunaux, les ordres professionnels, les syndicats, la télé, sur les routes, dans les maisons…

 

Le citoyen Adib Tohmé ne peut pas demander à des députés autoprorogés, et par conséquent non représentatifs et illégitimes, de vous élire. Mais il vous conseille, qui que vous puissiez être, de ne pas accepter d’être élu ou nommé si vous appartenez à ce système.

 

Le problème, Monsieur le Président anonyme, ce n’est pas votre absence, mais c’est votre présence si celle-ci constitue une continuité du même système et de la même politique basée sur le mensonge, le pillage des ressources publiques, le partage des rentes, la corruption, la médiocratie, l’incapacité et l’irresponsabilité… Parce que le Liban n’est plus ce qu’il était il y a 70 ans et la société libanaise à l’ère de l’Internet a changé. Le Liban a besoin d’un nouveau départ, d’un renouveau des visages, des noms et des idées, surtout des idées… Comment va le monde aujourd’hui, comment vont évoluer les choses, la priorité résidera dans la lutte contre la corruption, les pots-de-vin, les vols et le blanchiment d’argent…
Dans le monde d’aujourd’hui, le secret bancaire a disparu. Il ne demeure que dans la tête de quelques attardés dans notre administration. Il faut trouver une alternative.
L’économie des sociétés fictives, des offshores et des transferts d’argent injustifiés est finie. Il faut aussi trouver une alternative.

 

 

 

L’économie basée sur l’inefficacité de l’administration et des services publics pour leur permettre d’accueillir et d’offrir des opportunités de travail à tous les ratés (qui deviendront des corrompus) est devenue très coûteuse pour nous. Il faut également trouver une alternative.
Les politiques basées sur l’agression des promoteurs immobiliers et qui consistent à transformer les parcs, jardins, mer et montagnes en des amas inhabités de bétons nous étouffent ; et les réseaux routiers, mal conçus et négligés, ne permettent plus de contenir les tas de voitures que nous importons. Il faut donc trouver une alternative.
Le monde a évolué, Excellence, et nous nous comportons toujours comme de petits boutiquiers sans valeurs ni morale et l’argent est devenu la seule valeur, celle qui donne sa valeur à toutes les autres, celle qui justifie toutes les ambitions, les pouvoirs et les positions.
Excellence, nous attendons un projet qui nous montre, non pas comment combattre les barbares à nos frontières, mais comment combattre les barbares du dedans, tous ces corrompus qui bloquent notre avenir. Comment développer nos ressources et faire progresser nos jeunes.

Comment éduquer nos enfants, non pas comment acheter des terrains et bâtir des châteaux, et distribuer des privilèges en échange de commissions.
Non, Excellence, vous n’êtes pas seulement le représentant maronite du trio au pouvoir, vous êtes le président de tout le Liban, de tous les Libanais, et vous défendez tout citoyen pour que chacun ait une vie digne et pour lui donner le pouvoir de résister à l’injustice de l’État, de la justice, des syndicats et de toutes les mafias qui tiennent notre vie en otage.
Si on détruit nos jeunes, si on détruit notre nature pour défendre et perpétuer un système autodestructeur, cela n’est pas un acte de courage, c’est un avilissement.
Excellence, si vous n’êtes pas à la hauteur, si vous êtes élu pour seulement donner une illusion, vous serez un gros mensonge, et le peuple est fatigué des mensonges, depuis l’indépendance à nos jours, on est rassasié de mensonges.
Au point de regretter vraiment le mandat français…

(10 juillet 2015)

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